La méditation
Introduction
La méditation est un vaste sujet, marronnier des étages développement personnel et bien être de toute librairie qui se respecte.
J’ai traité le sujet sur le forum Kwoon.info premier portail d’art martiaux francophone il y a quelques temps.
J’ai retravaillé le texte pour le présenter sur le blog.
En terneur, je vais essayer de retranscrire ce que j’ai compris de la méditation. Fruit de mes propres recherches et expérimentations et nouveaux usages que j’ai intégrés au quotidien.
Bonne lecture :).
Définitions
Je vais d’abord redéfinir deux mots :
- extérieur : Tout ce qui est en dehors du corps;
- intérieur : ce qui est en dedans du corps.
A chaque fois que j’utiliserais ces deux mots, ils seront à comprendre selon ces redéfinitions.
Illustration pédagogique
Le matin vous venez de vous lever la tête dans le brouillard et vous vous déplacez dans votre logement. Un coin de meuble taquin vient saluer vos doigts de pied dans un élan de bon coeur.
Dans un cas vous êtes les mains vides, dans l’autre vous avez dans vos mains un bol de café bouillant.
Que risque-t-il de se passer suivant le cas dans lequel nous nous trouvons ?
- Mains vides, l’esprit, l’attention ont toute latitude pour se laisser absorber par la douleur qui vient du doigt de pied malheureux. La douleur vous fait rentrer en apnée, associée à l’émotion de la surprise (et oui vous ne vous y attendiez pas). Sûrement encore, votre esprit se mettra en colère, un juron vous échappera. Suivant l’intensité émotionnelle, et l’aptitude de ce coin de meuble à absorber votre esprit, la douleur pourra rester longtemps dans la journée, voir les jours suivant, et plus sûrement encore un joli hématome viendra orner votre orteil.
- Mains pleines, tenant un bol de café bouillant, l’esprit et l’attention sont portés sur le bol de café, d’ailleurs vous vous brulez un peu les doigts. Le malheureux coin de meuble aura toutes les peines à absorber votre esprit lorsqu’il viendra percuter votre doigt de pied, car votre esprit est déjà dans le bol de café. De manière très naturelle, vous rattrapez dans un geste instinctif votre équilibre et continuez votre chemin content de ne pas avoir renversé une seule goutte de café sur votre nouveau tapis en poil de cheval du désert tartare.
Il existe d’autres issues mais elles ne m’intéressent pas pour la suite.
Ce que l’on constate c’est que dans un cas l’esprit se retrouve absorbé par le coin du meuble, et dans l’autre l’esprit reste centré sur le bol de café.
Le but de la méditation c’est de cultiver, entretenir ce second cas, en replaçant le bol de café, par l’intérieur.
Perception, projection et réalité
Un autre point crucial est qu’en tant qu’être sensitif, la connaissance et l’expérience de l’extérieur, ne se fait que par un traitement de l’intérieur.
Nous sommes aussi doués d’imagination et de réflexion.
Dés lors, non-content de juste ressentir l’extérieur, nous sommes aussi capable d’y rajouter d’autres éléments comme une pensée, une réflexion, ….
Par exemple si je vous dis : « Je suis le meilleur… »
C’est une information que vous être en train de lire, donc de recevoir de l’extérieur et qu’ensuite l’intérieur traite. Là certains qui me connaissent vont penser : oui c’est vrai.
D’autres encore vont à l’aune de leur expériences précédentes, se dirent que j’abuse. D’autres encore sans me connaitre nullement vont chercher à filtrer cette phrase pour qu’elle respecte leurs écologies intérieures.
Certains vont rire, d’autres prendre ce que j’affirme au pied de la lettre …. Il y a donc une étape de reconstruction de la réalité à partir de l’information extérieure, avec une grosse part de projection, à partir d’éléments issus de la mémoire et de l’imagination. L’anticipation est typiquement un processus de ce type.
Cependant je continue ma phrase : « à la maison… », là d’un coup l’interprétation est différente, l’information venu de l’extérieur est plus grande et donc réduit les interprétations possibles.
Et je termine la phrase par : « pour préparer des quatre-quarts » Et là finalement les gens ont l’ensemble des informations possibles venant de l’extérieur, l’interprétation est très restreinte.
L’objectif de la méditation est donc de réapprendre à l’individu à écouter l’intérieur dans son intégralité pour avoir une interprétation plus juste de l’extérieur.
Notre mode de vie nous détourne de l’intérieur perpétuellement, à tel point qu’il sabote la confiance que nous devrions avoir de ce qui vient de l’intérieur.
C’est illustré par la phrase de gens qui ont vécu une agression, souvent disent : « Je le savais, mais j’y suis allé quand même. J’avais bien le sentiment que ça allait mal tourné, que l’atmosphère était tendue, mais je suis resté »
Au lieu d’écouter la phrase en entière, l’individu a juste écouté le début, et ensuite y a plaqué une pensée abstraite en dehors de la réalité qui lui a fait occulter la véritable interprétation de la situation.
La majeure partie des soucis d’un individu vient du fossé qui existe entre la perception de la réalité et son interprétation. Il me semble juste de définir l’égo comme justement ce qui provoque ce fossé.
C’est même encore plus pervers, car on en arrive à un point où l’individu est capable de renier sa propre sensation et perception au profit de l’interprétation, sur des domaines cruciaux qui concernent les fonctions primaires du corps comme l’alimentation par exemple. Être capable de s’empoisonner tout en étant heureux de consommer…
La méditation dans cette optique est donc un travail d’écoute conscient des sensations et des perceptions qui viennent de l’intérieur. Conscient veux dire que l’esprit et l’attention sont portés à l’intérieur. Ce qui rend difficile le processus d’absorption de l’esprit que l’on a vu plus haut par le coin de meuble.
Au niveau débutant il est vrai qu’éviter les perturbations extérieures histoire permet de faciliter l’écoute de l’intérieur. L’esprit et l’attention qui sont conditionnés à virevolter comme un papillon au printemps doivent être domptés pour rester focalisés sur l’écoute intérieure.
Un mécanisme simple et rapide de prendre conscience des sensations intérieures est la respiration. C’est pour cela que la majorité des bouquins de méditations parlent de la respiration. C’est un outil essentiel qui permet à l’individu de se reconnecter avec les sensations intérieures. Le fait de sentir l’air rentrer par le nez, sentir l’air descendre remplir les poumons, ressentir le travail musculaire, les tensions qui apparaissent dans le gonflement de la cage thoracique… tout ceci concourt à porter l’esprit à l’intérieur.
La méditation est la recherche de la reconnexion avec l’intérieur. Qui permet à l’individu par ce biais de ressentir l’extérieur à son maximum de capacité sensitive.
« Ici et maintenant »
A l’aune de ces éléments, cette expression prend une autre saveur.
Ici veut dire à l’intérieur. Pas dans le coin du meuble, mais à l’écoute de l’intérieur.
Maintenant veut dire à l’instant présent. La sensation intérieure immédiate de l’expérience du moment présent.
Méditer en s’imaginant ailleurs, n’est pas de la méditation, tout au plus de la visualisation.
La méditation n’est pas un travail de toute une vie, mais un état de chaque instant.
On parle dés lors de médiation active, que j’associe sans gène au principe de prière athlétique cher à notre patriarche Mikhael Ryabko.
C’est à dire la recherche de l’écoute intérieure à chaque instant dans chaque situation de la vie quotidienne. Ce qui n’est pas aisé en soi vu le nombre de sources de distractions qui nous entourent. Surtout dans notre société qui place l’égo au centre de tout, la source du fossé entre la réalité et ce que nous pensons en percevoir.
Je parlais de respiration, mais il est possible de s’amuser à autre chose.
Un exercice difficile est par exemple sentir le coeur battre.
Je ne parle pas de sentir le flux sanguin dans ses extrémités, je parle de véritablement porter l’attention au niveau du coeur et le sentir battre. Sentir la pression et la dépression dans le thorax à chaque battement de coeur.
La méditation peut prendre des formes bien surprenantes. L’expérience de la soumission est une forme de méditation par exemple. La soumission physique recentre l’esprit sur ses propres limites, le fait de se sentir incapable de bouger, de subir une contrainte physique, force l’esprit à se recentrer sur l’intérieur pour constater l’impossibilité du mouvement. Soyons positif et je rajoute une précision de taille : l’immobilité due à un exercice de soumission est paradoxalement le résultat de l’égo. Il y a toujours moyen de bouger, le tout c’est justement d’en être conscient, et donc de le ressentir. Se tourner donc vers l’intérieur, écouter ce que ressent le corps et réagir en conséquence. Cela ne peut se faire sans lâcher-prise: c’est à dire accepter l’échec de l’égo à résoudre un problème.
Plus on écoute l’intérieur, plus on est conscient de ce qui se passe à l’extérieur, c’est le doux paradoxe de notre nature. Petit à petit l’individu renoue avec sa sensibilité qui ne l’a jamais quitté, affute ses sens et devient de plus en plus conscient de la réalité du moment.
Peut être qu’à un certain degré, l’individu ressent des forces ou des énergies qui dépassent le petit cercle de sa corporalité, mais je n’en suis pas à ce niveau.
A titre d’amusement, celles et ceux qui m’ont lu jusqu’ici ont fait l’expérience contraire de celle de l’ici et maintenant. Dans le processus de compréhension de ce texte, le lecteur a expérimenté une transe hypnotique légère. C’est à dire sortir l’esprit de soi. L’attention s’est portée sur le texte. A ceux que ce texte a stressé, ils auront vécu une légère apnée, et leur épaules se sont peut être nouées.
Lecture faisant le lecteur aura aussi réfléchi à une contre argumentation, ce qui l’aura encore plus enfoncé dans une transe. L’éloignant ainsi du ici et maintenant.
C’est aussi une aptitude de l’humain que d’expérimenter des transes hypnotiques de ce genre. Transe qui n’ont d’effet que d’éloigner l’esprit de l’intérieur. L’outil hypnotique le plus répandu est la télévision.
Donc pour qui veut méditer, jette d’abord sa télé par la fenêtre.
Mise en pratique
Pour terminer explicitons le processus méditatif dans des actions courantes:
- A table : ouvrir ses sens à la nourriture, manger calmement, mastiquer longtemps, laisser le goût imprégner la bouche. Déglutir et sentir les aliments ainsi mastiqués descendre pour atteindre l’estomac. Ecouter son corps, observer les effets des aliments sur la pression sanguine, sur son rythme cardiaque, sur la salivation, sentir la faim disparaitre et laisser place au sentiment de satiété.
- Au travail: prendre conscience de sa respiration, de sa posture, de ses tensions assis sur le siège …
- Au court d’art martial: travailler en conscience du mouvement, un exercice simple est de placer son esprit dans ses pieds, ressentir la sensation de pression que l’on exerce sur le sol lorsqu’on se déplace (c’est bon aussi lorsqu’on fait des courses), observer sa respiration, prendre conscience de l’effet de tel ou tel situation sur son propre corps. Travailler lentement et souplement (sans négliger le hardwork) ce qui permet une meilleur écoute intérieure, développe la sensibilité dans la perception des jeux de force, des mouvements. A chaque douleur, déplacer son esprit sur la respiration. Lâcher prise, et se faire confiance.
- Au quotidien: découvrir les sensations intérieures, toujours s’observer, en essayant le moins possible d’interpréter, laisser les sensations vous guider. S’accorder des moments d’introspection au calme, et faire porter son attention sur une partie spécifique du corps. Faites vous de plus en plus confiance dans vos idées et réflexions qui vous viennent spontanément. Il n’y a jamais rien sans raison et je me suis souvent rendu compte que mon intérieur en savait beaucoup beaucoup plus que mon pauvre petit conscient.
- La suite c’est à vous de l’écrire, car bon je sens comme une envie d’expérimenter tout cela poindre en vous

Et n’oublions pas : sourions, respirons, faisons-nous du bien, et relâchons-nous !
Et bien sûr un petit commentaire est toujours bienvenu :)
