Bonsoir,
J’avais écrit il y a longtemps, ici même sur l’ignorance de soi. Il est temps de compléter ces propos d’un autre age, sous la lumière de mon expérience moscovite toute fraiche.
Pour les aficionados des commentaires je vais reprendre en teneur un long commentaire fait à Boréale il y a 15 jours. Donc pour celles et ceux qui l’ont lu, pardonnez l’impression de déjà-vu :)
Dans mon premier billet, je parlais du manque d’écoute de soi. Que notre vie nous éloigne de nous-mêmes ce qui nous conduit à souvent être dans l’erreur ou l’approximation, au lieu d’être dans le vrai et le juste.
Ce que j’ai expérimenté a Moscou va encore plus loin, et m’a révélé combien l’ignorance de soi pouvait se loger au plus profond de ce qui nous anime et nous constitue, au plus profond de notre essence.
Imaginez-vous, par exemple, que vous deviez porter perpétuellement un sac dans une main. Ce sac fait un certain poids.
Imaginez ensuite, que perpétuellement, une petite main cachée, vous aide à porter ce sac. La sensation de poids dans la main sera amoindri. Jamais vous n’aurez réellement conscience du véritable poids de ce sac.
Le jour où par exemple il vous sera nécessaire de lancer ce sac au loin, que se passera-t-il ? Votre corps sera sollicité et effectuera un geste qui correspond au poids ressenti du sac. Quel sera l’effet ? Le sac n’ira pas là où vous vouliez qu’il atterrisse !
Pourquoi ? simplement car le lancer n’était pas adapté au poids véritable du sac, dont vous n’avez jamais eu conscience, à cause de cette petite main maline qui dans votre dos s’évertuait à vous tromper.
Il est peu concevable qu’une main se glisse toujours dans notre dos pour interférer avec les objets que l’on porte.
Par contre, cette petite main maline peut se concrétiser autrement dans notre propre corps. Cela s’appelle la tension. C’est à dire un état de contraction musculaire plus ou moins prononcée. Localisée, ou générale.
Et au lieu de s’exercer sur un sac ou un poids extérieur, cela s’exerce en premier lieu sur ce que nous « portons » constamment : notre propre corps, nos propres membres.
Les muscles ont cette double propriété d’abord motrice mais aussi d’envoyer des informations au cerveau sur les effets qu’ils subissent.On appelle cela la proprioception. En teneur toute force exercée sur un muscle est ressentie par ce muscle qui envoie l’information au cerveau. Cela est possible par des capteurs de type élastique qui réagissent à la moindre variation de pression.
Or lorsqu’un muscle est anormalement en tension pendant un temps long, le cerveau a tendance à considérer que la valeur que lui envoient les capteurs de ce muscle est la nouvelle norme.
En teneur, si pendant un temps long un muscle envoie une valeur 10, le cerveau considère que 10 est la nouvelle référence. Donc le jour ou le muscle lui envoie 12, le cerveau considère qu’il reçoit 2 (12-10) et non 12.
Forcément le cerveau est dans l’erreur, car lorsqu’il va ordonner un mouvement au muscle, l’ordre sera calibré sur la valeur considérée par le cerveau (2) et non la valeur réelle (12). D’où un mauvais mouvement, inadapté à la réalité, car la réalité n’est plus perçue par le cerveau.
Les tensions logeant dans les muscles interfèrent avec la perception qu’a le cerveau de la réalité.
Le plus dramatique, si cela est permis, c’est que le cerveau n’a pas conscience du véritable poids des membres du corps, des bras, des jambes, de la tête et du tronc… Par conséquent, il n’a pas conscience du centre de gravité de chacun des segments du corps.
Le cerveau possède donc une représentation erronée du corps dans lequel il habite.
Cela a plusieurs conséquences :
Il n’y a pas de justesse face à la réalité, juste une approximation plus ou moins grossière que nous soyons plus ou moins tendus et pollués par ces tensions qui nous habitent.
D’où viennent ces tensions ?
Ces tensions sont ce que j’appelle la mémoire émotionnelle du corps. Chaque émotion a un effet sur le corps. Si l’émotion est intense et récurrente, l’effet sur le corps devient permanent. Le corps s’adaptant, il va composer avec, car il a besoin d’avancer coute que coute.
Mais cette adaptation a un cout : la tension est inscrite au plus profond des muscles et impacte de manière permanente le corps, en interférant avec le ressenti, en amoindrissant la qualité du muscle, en restreignant son espace de mouvement, en obligeant le corps de compenser par ailleurs.
L’effet le plus flagrant des tensions est la restriction de mobilité que l’on observe quasiment chez chacun. Là où la tension se loge, la zone voit sa liberté de mouvement diminuer, au point parfois d’être totalement immobile. Chez les personnes très très stressées les épaules ont tendances à remonter par exemple. Les trapèzes sont très tendus, sont douloureux à la palpation, et la mobilité du cou et des épaules est très restreinte.
Par compensation lorsque l’individu dans un tel état voudra tourner la tête, c’est tout le buste qui se tournera pour compenser l’immobilité du cou et des épaules.
Lorsque les raisons du stress disparaissent, la tension continue de persister, c’est la mémoire du corps.
Il est alors facile de comprendre que le corps se trimballe un nombre considérable de casseroles qui ne sont plus d’actualité, mais qui continuent leur travail de sape, en interférant avec la réalité, en restreignant la liberté de mouvement, enkystées dans les muscles.
C’est pour cela que les thérapeutes manuels ont souvent l’habitude d’un effet sur le niveau émotionnel. Un bon massage, une restructuration, le levage d’un blocage, relèvent quasiment que d’une libération d’une émotion logée physiquement dans le corps.
Le travail principal du Systema, est de nettoyer cette sédimentation des émotions, de nos traumatismes, de notre histoire dans le corps, et de redonner la liberté à l’individu.
C’est cela le travail essentiel et primordial du Systema, et la frappe juste et efficace n’est qu’une conséquence d’une réelle connaissance de soi, c’est à dire du vrai poids de ses bras et de la bonne perception des centres de gravité en jeu. Ce n’est qu’une conséquence parmi tant d’autres, libre à chacun de réaliser son potentiel dans sa vie comme il l’entend.
A contrario, la majorité des méthodes dites modernes de travail sur le corps, ne font qu’entretenir voir accentuer ces tensions, appelant à toujours plus, pour compenser leur travail contre-productif.
La plupart des méthodes de musculation par exemple ne font qu’emmagasiner les tensions à l’intérieur du corps en les fixant durablement et plus rapidement. Certes l’effet sur l’esthétique est indéniable, mais au prix d’une immobilité grandissante, et une sensibilité accrue à la douleur. Les muscles étant sous grande tensions, il leur est difficile de dissiper la pression qu’un coup leur transmet.
Une autre conséquence et non des moindres est la relation entre tension musculaire et la qualité de la circulation sanguine.
Un muscle contracté ne permettra par une bonne dilatation des vaisseaux sanguins. Augmentant ainsi la pression sanguine.D’autres part, lorsque la contraction musculaire est vraiment importante, le sang ne circule presque plus dans les zones impactées. Cela crée des zones totalement en cours de nécrose, sous oxygénées, sous alimentées, avec une accumulation de déchet qui ne peuvent pas être drainés par le sang qui circule de manière très difficile.
Le nettoyage émotionnel, la recherche de la détente libèrent ces tensions musculaires, et le sang se remet à circuler correctement dans les zones délaissées. Les tissus retrouvent leur santé. C’est le second travail primordial du Systema. Avec l’amélioration générale de la santé, l’augmentation de la capacité de guérison du corps, le réveil des zones mortes du corps.
Il y a quelques jours, j’ai massé une amie pendant presque plus d’une heure, à la manière du Systema (sans fouet pour autant :)). Sa première impression était qu’elle se sentait avoir grossi. C’est faux, je l’ai surveillée pendant le massage, elle n’a rien mangé :) Simplement en réveillant des zones mortes, en levant des restrictions de liberté aux endroits emprisonnés, les informations ont commencé à affluer vers le cerveau, complétant la représentation interne qu’elle avait d’elle même. Avant au niveau sensitif elle se percevait à 30% environs, après le massage sa conscience d’elle même a dépassé les 50%. Encore un peu de travail et surement qu’elle se connaitra vraiment elle même :)
Même chose pour moi, à Moscou, lors de mes exercices respiratoires. Mes bras deviennent lourds. Sensation d’abord désagréable. Je demande explication auprès des instructeurs présents : » mon petit coco, pour la première fois de ta vie tu ressens vraiment le poids de tes bras. »
Le dos, les épaules, se relâchant peu à peu par l’effet cumulé des exercices respiratoires, j’ai peu à peu commencé à sentir le véritable poids de mes membres. Sensation dérangeante au début, voir inconfortable, car nouvelle. Cependant cela est une véritable révélation, car j’ai pris vraiment conscience que mes mouvements n’étaient pas justes, simplement car je n’avais pas conscience de la réalité de mes bras. A cause de mon passé, de mes tensions, de mes traumatismes, qui m’habitaient physiquement et qui m’empêchaient de me connaitre réellement moi-même.
Et d’un coup, il faut presque réapprendre à bouger, réapprendre à simplement marcher… C’est pour moi passionnant, et une vraie libération, car la perception que j’ai de la réalité est beaucoup plus précise, ce qui permet une réponse plus juste et adaptée.
Bref, c’est ça l’essence du systema et je comprends vraiment mieux pourquoi l’ancien nom était « poznai sebia ».
Sourions, Respirons, Relâchons-nous et Faisons-nous du bien :)
Pas d
Dis donc tu t’es cousu des bottes russes sur mesure…
(en citations) :)
« L’homme qui ne né pas un deuxième fois, marche toute sa vie dans les mocassins de son père » (proverbe cheyenne)
De l’expérience:
« L’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos et qui n’éclaire malheureusement que le chemin parcouru. » (Confucius)
De la conscience:
« J’ai rêvé de mille nouveaux chemins…
Je me suis réveillé et j’ai repris le mien. » (proverbe chinois)
Sur le chemin:
« La réalisation, c’est le passage d’une incompréhension triste à incompréhension joyeuse » (Yvan Amar)
Voltaire nous révèle l’utime vérité:
« J’ai décidé d’être heureux car c’est bon pour la santé ».
Pour le reste au passage je t’invite à venir me faire un massage russe digne de ce nom. ;)
Qd tu parles des bras lourds, ça me fait penser au singes dont le gorille est certainement l’exemple le plus visible: les bras toujours balans, relachés qui peuvent développer une force exceptionnelle (au delà du simple développement muscluaire).
Boudillou!!! Je m’en va retourné dans les bois. ;p
дыши,улыбается и познай себя…
@Mrki: Merci pour ton commentaire :)
Pour certaines citations, en creusant bien elles ont déjà été citées ici :) !!! Tu te répetes !:)
Sinon ce matin après l’article je suis tombé sur cela : http://www.appeldeshauteurs.net/enseignement/ravages_intellect.html
:)
belle expérience, au Karaté aussi on faisait des exercices respiratoires. cet aspect de connaissance du corps est une des bases essentielles aux art martiaux en général. c’est l’enseignement et l’objectif sportif esthétique et autre que nous nous faisons lors de la pratique de ceux-ci qui en modifie les bases.
à quand un massage à la russe sur moi, sans fouet stplé? :P
Les citations, c’est pour ceux qui suivent pas tous les épisodes ;p
mais aussi ceux sont celles qui me viennet à l’esprit après lecture. ;)
Pas mal le lien sur l’intellect…
Qd je dis qu’il faut retourner dans les bois. ;)
Le rêve: une cabane dans les bois au bord d’un lac avec une hutte de sudation et des ruches pour l’hydromel. On devrait bien trouver ça en Sibérie. ;p
Se connaître soit-même, prendre conscience de son corps….en fait de chaque segments, de chaque membre de son corps n’est permis qu’après la libération émotionnelle, emprisonnée dans nos carcasses conditionnés par la société occidentalisé, seule garante de la liberté de se mouvoir, de se sentir vivre.
Encore merci pour tes retours toujours aussi instructif, Coach!
Amicalement,
kiaz
[...] This post was mentioned on Twitter by Dev Perso, yannick grenzinger. yannick grenzinger said: RT @CoachDom Connait-toi toi-meme: http://su.pr/3RJEJM [...]
Texte très intéressant, qui amène pas mal de réflexions.
Très certainement l’un de tes tout meilleurs billets car il respire le vécu !
On sent presque l’odeur humide des gymnases slaves ! :)
N’empèche…
« Poznai sebia » qui renvoie à la « Connaissance de soi »…
Une quète de la Vérité commence par la Vérité sur soi-même. Nécessaire étape avant l’Universel.
Et si c’était ainsi qu’il faudrait philosopher ?
Merci pour ce magnifique résumé de ton dernier saut conceptuel au travers d’un vécu qui fait envie.
Cela donne envie de rejoindre les nounours sadiques de Moscou pour apprendre à pardonner au passé.
Tes mots viennent du coeur, parlent au coeur, et sont inspirants pour la suite de ma quête personnelle.
Je te souhaite beaucoup de joie pour la poursuite de ta transformation, au plaisir de te croiser un jour.
Kadishtu, vilain rebelle extravagant, ascète à ses heures.
Merci à tous pour vos commentaires :)
Philosopher c’est quoi ? je ne sais plus trop.
Cependant ce que j’ai constaté, c’est que l’état du corps conditionne la pensée.
Une pression sanguine élevée, des tensions musculaires qui bloquent la respiration, … bien souvent l’inconfort intérieur impacte grandement la qualité de la réflexion.
Un esprit bien dans un corps bien n’est pas qu’une simple citation mais une réalité profonde.
Et j’ai tendance à croire de plus en plus que ce n’est pas seulement l’histoire et l’expérience intellectuelle d’un individu qui le polluent, mais aussi indirectement l’environnement qui le force à adopter certaines postures physiques, le conditionne, et par conséquence, perturbe aussi son esprit.
@ kad
T’es un ascète, toi ? Un ascète garni, alors ^^
@Coach
Philosopher, c’est engager la totalité de son Être dans la recherche de la sagesse du corps/esprit. Gnosis+praxis.
Mais, c’est plus simple de commencer par le corps, parce que c’est souvent là qu’est le gros oeuvre (tensions, postures malades, blessures, etc). Après, on peut toucher à des choses plus subtiles.
Vince:), gentil bourrin pas très sage et très très fou.
Glop! Glop!
@Dom: peux tu développer ce que tu as écris plus haut,stp?:
« Cependant ce que j’ai constaté, c’est que l’état du corps conditionne la pensée.
Une pression sanguine élevée, des tensions musculaires qui bloquent la respiration, … bien souvent l’inconfort intérieur impacte grandement la qualité de la réflexion. »
Perso, j’adhère plutot à la parabole du véhicule et son conducteur. Ce qui me laisse entendre que ce sont les pensées qui conditionnent le corps et notre rapport avec l’exterieur.
Mais bon j’ai pas encore tout éprouvé d’où ma question:
L’inconfort interieur n’est il justement pas la conséquence de nos pensées limitantes, sclérosantes?
@Vince:
tu serais surpris ;) ;)
@Mrki Medved:
Je me permets de répondre en donnant mon avis sur la question, bien que nous ne soyons pas ici sur un forum, mais accueillis chez Coach Dom. De fait, je ne m’offusquerai pas si tu ne publies pas ça Plonky ;)
je crois que les deux interactions sont réelles: du corps vers le mental, et du mental vers le corps.
Bien qu’en bonne santé physique, on peut très bien se laisser dépérir si l’être aimé n’est plus là (décès brutal, rupture, etc…). On peut voir dans cette exemple une action du mental vers le corps assez négative.
Une action positive du mental vers le corps, serait l’exemple de Stephen Hawking, le physicien, dont le corps est en décrépitude, mais dont l’envie d’apprendre et de découvrir semble le maintenir en vie.
à l’inverse, le corps torturé, soumis à des contraintes répétées, fini par affecter le mental. Une femme ou un enfant violé gardera souvent des séquelles mentales. De même qu’une victime de tortures lors d’une guerre.
Il s’agit bien d’une action du corps vers le mental.
@coach dom: je change de sujet. Aurais-tu des liens vidéos interessants sur un travail aux kettlebells dans le « même esprit » que les exos respiratoires du systema ?
J’ai pratiqué un an suivant la méthode de Tsatsouline, mais c’est assez opposé à une idée de relaxation, surtout au niveau respiratoire. J’aimerais continuer néanmoins le travail avec ces jouets sans trop me crisper, d’où mon appel au secour ;)
kadishtu, grand ascète naincompris ;) ;)
@mrki, je te répondrais plus tard, cela demande un peu de temps :)
@vince, merci pour ta réponse cela m’éclaire un peu plus :)
@kadishtu, un jour Mikhail répondit que les kettlebels seraient plus utiles en paquet de 20 dans un chargeur :))
Cependant, Sonny Puzikas sort un dvd en décembre sur le thème du core conditionning avec entre autre des kettlebels,comme il est associé à Martin Wheeler, il y a une forcement une approche systemienne : http://www.youtube.com/watch?v=G69yI5b3U6Q
A surveiller donc ! :)
J’aime bien l’approche de Puzikas : sans prise de tête ni querelle de clochers…
Après, il est évident que l’on n’a « besoin » de rien, mais, pour les plus faibles d’entre nous, une béquille ou deux, ça aide à faire les premiers pas… Et on s’en passe ensuite ;)
salut coach
ça fait 1 bail !
je viens de tomber sur ton texte : il respire bien .
c est surtout du vécu.
c est la différence
garde intact cette force de vie
l intellect a sa limite
le corps aussi
l inconscient tire dans tous les sens.
mais en te lisant, on te sent formidablement vivant.
lache pas l affaire coach…
jfm