Bonsoir,

Début avril j’ai passé quelques jours en Allemagne pour un stage de Systema sous l’autorité de Mikhail Ryabko.

Ce séjour fût excellent à tous les points de vue, l’esprit de camaraderie, allié à un bon niveau général des participants l’ont rendu très productif à titre personnel.

Je trouve important de pouvoir s’immerger pendant un long moment dans un travail exclusif. Cela permet vraiment de dépasser la simple compréhension intellectuelle d’un enseignement, et d’en ressortir vraiment imprégné.

A force de poser des questions, on aboutit vers la réponse.

En premier lieu, j’avais une question spécifique concernant les situations à risque. Prenant plusieurs exemples personnels je voulais savoir pourquoi alors que je pratique depuis un certain moment déjà, j’étais invariablement dans un état pitoyable intérieurement, alors que je faisais tout pour gérer extérieurement la situation et ne rien laisser transparaitre.

La majorité de ces situations ne relèvent pas du conflit physique, mais il ne sert à rien de s’entrainer pour des situations extraordinaires (agression …) si l’on n’est pas capable d’appliquer les principes au quotidien. En teneur il ne sert à rien de s’imaginer gérer merveilleusement bien son stress en cas d’agression, si l’on a déjà du mal à gérer une négociation avec son patron, ou un conflit verbal avec un tiers.

Satisfait du chemin accompli dans ce dernier domaine, j’ai été confronté à une situation un peu plus grave dernièrement, et bien qu’étant alerte et sur le qui-vive, j’ai senti un gros stress intérieur, qui m’a pollué les jours suivants.

J’ai donc demandé aux hautes instances systémiennes présentes de m’éclairer. La réponse fût simple : « pourquoi être influencé par quelque chose qui ne m’appartient pas ? »

Prenant la métaphore de la météo, dois-je être affecté parce qu’il pleut alors que la veille il faisait soleil. A la réflexion, non. Pareil pour l’agressivité d’un individu, elle ne m’appartient pas et donc n’a aucun raison de m’affecter.

Cette réponse est à combiner avec celle que m’a donnée par la suite l’assistant de Mikhail alors que je travaillais avec lui. En teneur, c’est l’immobilité et l’attente qui m’affectent. Il faut avoir toujours quelque chose à donner quitte à se tromper. Le don c’est le mouvement. Un vrai don au sens premier du terme. Avec une réelle intention de donner. Donner et donc être en mouvement.

L’attente et l’immobilisme sont nocives à la vie, et affectent celui qui les subit. Ils sont souvent le résultat de la croyance que rien n’est possible. Croyance qui relève de l’intellect. Or l’expérience montre que c’est une fausse croyance, tout est possible.

Difficile d’accepter que ces états que j’ai vécu, sont entièrement de ma responsabilité, et non des éléments extérieurs rencontrés dans ces situations. Et pourtant à bien y penser, il n’y a jamais une seule solution. Et effectivement il y en avait d’autres :). Et si l’intellect ne les voit pas, il faut laisser parler son corps et son inconscient.

Un peu plus tard, durant le stage, arrive certains exercices de frappes. J’expérimentais celles de l’assistant qui me promenait comme un vulgaire sac à patate, sans compter les marques cutanées et l’effet très inconfortable de ses cadeaux. Vint mon tour. Et là, ben rien, nada, nul. Au bout du troisième mouvement je m’arrête, je suis bloqué. Je n’ai rien à donner. Strictement rien, aussi profond que je cherche en moi, rien à donner. Je me retrouve comme un âne bâté, ou une vache qui regarde passer les trains.

Intense moment de solitude, qui me fait monter l’humidité aux yeux (oui je suis un petit être sensible). Dur de se retrouver face à soi, et de constater combien finalement je n’ai rien à donner. Mes mouvements sont vides de sens.

Je commence à expérimenter la distance qui sépare l’intellect, du physique. Je commence à sentir combien l’illusion mentale est grande et puissante. Cela m’interpelle qu’alors je veux avoir un impact sur la structure de mon partenaire, mes gestes sont sans effet, à part en surface.

Voyant mon désarrois, mon partenaire m’explique que c’est la même chose qu’une prière, il y la prière de l’intellect, celle que l’on récite quasiment par coeur, mécaniquement. Et celle que l’on fait en s’engageant entièrement, dans laquel le corps, le coeur et l’intellect sont unis par le même désir, par la même volonté, la même intention.

Intellectuellement je comprends ses mots, mais je lui demande comment le vivre. Alors il m’invite graduellement à le frapper en travaillant sur mon désir, à bien bouger selon mon intention et l’effet que je veux avoir sur lui. Son retour sur chacune de mes frappes est précieux. Il me permet de distinguer celles qui sont vides de sens, de celles qui sont pleines. Et étonnamment celles qui le baladent comme il me baladait, sont celles les plus pleines.

C’est une véritable ascèse de vie qui se révèle ainsi. Combien de gestes fais-je par journée qui sont vides de sens ? dont l’intention n’est pas celle que je pense ? 99,99% au bas mot ! L’observation méticuleuse de soi est sans appel. Sans compter la perte d’énergie, dans ces mouvements inutiles, dans ces artifices intellectuels qui m’égarent plus qu’ils ne me servent. Autant de distraction qui m’éparpillent et me diluent dans le néan du rien.  Energie que je pourrais recycler dans la réalisation de mes intentions.

Travailler l’intention c’est cela, être plein, être pleinement conscient de l’intention qui guide le geste, et réaliser le geste qui satisfait l’intention. Chaque mouvement devient une prière. Et l’expression de prière athlétique entendue à Moscou deux années auparavant prend tout son sens.

Se voulant rassurant, il m’explique que ce n’est pas une situation exceptionnelle que de se retrouver sans rien à donner. Lui-même a travaillé longtemps sur ce chapitre. Et plus on se connait soi-même, plus on est conscient de ce qu’on peut donner.

Merci à toi Vladimir, pour avoir recentré ma pratique, et enrichi ma compréhension. Un vrai don !

Alors fini de rouler pour rouler. Mon intention n’est pas de devenir le meilleur gymnaste de la terre ! :)

L’exercice physique prend un tout autre sens : Favoriser au maximum la réalisation de l’intention.

Alors : Sourions, respirons, faisons-nous du bien et relâchons-nous ! (en prière svp :) )

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