Bonsoir,

Il est déjà pour moi un peu tard pour participer à l’initiative de la croisée des blogs du mois de Janvier sur le thème de l’instant présent, cependant j’ai quelques idées à partager alors je vais quand même écrire un billet sur le sujet.

Le fruit de mes réflexions et de mes expérimentations vont dans le même sens:

L’expérience de l’instant présent est fortement liée à un mode de vie fondamentalement antinomique de celui qui est la fondation de nos sociétés. En teneur je veux parler de la distinction entre le chasseur-cueilleur et l’agriculteur.

D’une manière un peu raccourcie, l’homme a dévié de l’instant présent, dès qu’il a découvert l’agriculture, et qu’il a commencé à s’inquiéter du temps qu’il fera pour ses récoltes.

Voilà un très bon article de Seth Godin qui contient une liste des caractéristiques du chasseur et celles du fermier.

En relisant la Génèse dans la Bible, pour écrire cet article, l’histoire de la chute de l’Homme prend une toute autre saveur lorsqu’on y applique le filtre du passage du chasseur cueilleur à l’agriculteur.

L’Eden avant la chute est le paradis du chasseur cueilleur:

  • des ressources à profusion
  • Adam et Eve sont intégrés à l’environnement
  • inexistence de certaines émotions et sentiments comme l’inquiétude, la honte, l’anxiété, la peur, le désir…

A contrario, après avoir gouté du fruit de l’arbre de la connaissance, le paradis disparaît.

La peur apparaît, la honte, la douleur aussi.

« A force de peine tu en tireras subsistance (du sol) » dit Dieu à Adam.

Adam et Eve deviennent des agriculteurs en accédant au savoir de l’arbre.

Et concrètement où cela nous mène-t-il ?

En quoi cela est-il en relation avec le « ici et maintenant » et l’instant présent ?

L’expérience de l’instant présent est l’état de l’individu qui est en pleine conscience du moment qu’il vit, et qui se fie à son instinct, ses émotions  plutôt qu’à sa réflexion.

Le principal ennemi de l’instant présent est l’anxiété, ou encore l’angoisse.

Je distingue l’anxiété et l’angoisse d’avec la peur, car se sont des choses tout à fait différentes:

  • la peur est liée à l’expérience d’une situation (attaque d’un prédateur, agression…). Elle est viscérale et profondément ancrée dans notre cerveau primitif. C’est elle qui optimise notre survie face à un danger imminent et immédiat;
  • l’angoisse et l’anxiété, n’ont aucunes causes réelles.  Elles prennent racines dans le processus de réflexion et d’anticipation. Concrètement ce ne sont pas des réactions liées à l’expérience du moment présent. Mais simplement les effets d’une simple construction mentale basée sur des faits antécédents réels ou bien sur du vent.

Dés lors pourquoi se mettre dans tous ses états face à des choses qui n’ont d’existence que dans notre petit cerveau ?

Par exemple, je me souviens d’une de mes relations qui était souvent angoissée. Elle se posait toujours la question de savoir si notre histoire allait durer, au point qu’elle subissait un stress intense qui venait gâcher terriblement les moments que nous passions ensemble.

Je n’avais d’ailleurs pas de réponse à ses angoisses, bien sûr que je voulais que notre relation dure aussi longtemps que possible, mais s’inquiéter ainsi est totalement rédhibitoire. Je voulais profiter du moment que je passais avec elle et non passer mon temps à subir son anxiété.

S’imaginer où je serai dans cinq ans, est le cadet de mes soucis. Surtout pour subir une angoisse sur une projection imaginaire qui a autant de chance de se réaliser que l’infinité des autres choses.

Je suis sur un chemin et chaque instant est un nouveau départ avec autant de potentiel et de liberté que le départ précédent.

C’est ici que prend tout son sens la problématique de la carte et du territoire. La carte n’est en rien le territoire. Ne pas être dans l’instant présent c’est se fier à la carte, plutôt qu’au territoire.

Le chasseur explore le territoire, l’agriculteur dessine la carte. Le premier est dans l’instant présent, le second dans l’abstraction mentale.

Cela va bien plus loin, surtout lorsqu’on commence à vouloir façonner le territoire selon la carte, cela donne la technologie.

Exit l’imprévu, exit la découverte, exit la surprise,. Tout est quantifié, rationalisé, mesuré, contrôlé. Mais pour que cela fonctionne il faut absolument que le territoire se conforme à la carte. Cependant il y est très réfractaire. D’où beaucoup de problèmes, de conflits internes … !

« Je le savais ! » entends-je souvent, dans un cri d’impuissance et de déconfiture (si ce n’est pire).

« Pourquoi tu ne t’es pas écouté ? » réponds-je.

« Parce que je pensais que…« … le territoire était la carte. (soupir de l’auteur :)).

Alors que faire ?

  • Lâcher prise
  • se faire confiance
  • cultiver l’ignorance (« heureux les simples d’esprits, car le royaume des cieux leurs est ouvert » a dit Jésus)
  • renouer avec son cerveau primitif
  • apprendre à être surpris
  • redécouvrir sa formidable capacité d’adaptation
  • réveiller la créativité endormie
  • se mettre en chemin à parcourir le territoire

ou encore :

  • Sourions : être dans un état d’esprit positif et ouvert
  • Respirons : réveiller l’écoute interne
  • Relâchons-nous : plus de souplesse pour l’adaptation, moins de rigidité pour la créativité
  • Faisons-nous du bien : Cherchons le meilleur de chaque instant et en tout lieu de notre exploration du territoire.

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