mai
Le jeûne informationnel
Bonjour,
Comme j’écris souvent sur l’hygiène alimentaire, posturale, corporelle… Il me semblait fondamentale de parler d’hygiène intellectuelle.
En particulier j’aimerais m’attarder sur le jeûne informationnel.
1- Qu’est ce que le jeûne informationnel ?
Tout le monde connaît la pratique du jeûne, c’est à dire se retenir de manger pendant une durée de temps.
Le jeûne informationnel est donc la transposition au domaine de l’information du concept de jeûne alimentaire : se retenir d’absorber de l’information.
Cependant à part dans la mort, il n’existe pas de jeûne informationnel pur, l’homme étant une machine à transformer l’information en information ou action.
Donc le jeûne informationnel ne porte que sur certains types d’informations:
- les actualités
- les informations qui n’ont pas d’impact direct sur la vie de l’individu
- les informations à espérance de vie courte
- les informations à faible valeurs ajoutées
- les informations dont la portée géographique est éloignée de l’individu
- les informations redondantes
- les informations à forte valeur manipulatrices
2- Les Fondements
J’ai été en premier lieu sensibilisé au jeûne informationnel par Nassim Taleb dans son livre « The black Swan » (le Cygne noir).
Lui même pratiquant le jeûne informationnel depuis 30 ans quasiment.
Poussant l’expérimentation jusqu’au bout, il a montré que statistiquement les traders en bourse constamment connectés et abreuvés par toutes les chaînes spécialisées d’informations avaient des résultats similaires par rapport aux traders qui volontairement se déconnectaient et pratiquaient un jeûne informationnel.
Il en a conclu que ces informations étaient donc inutiles dans le processus de prise de décision, que l’on pouvait parfaitement obtenir les mêmes performances sans cette masse d’information.
Ayant beaucoup de temps qu’il ne passe pas pendu à la télé, il en profite pour se cultiver, c’est à dire absorber de l’information à haute valeur ajoutée.
3- Les bienfaits
Outre le gain de temps non négligeable, le premier des bienfaits est l’arrêt de la dispersion de l’attention.
Il y a eu une étude récente qui démontrait que l’usage intensif d’internet modifiait profondément les capacités de concentration du cerveau, le cerveau s’adaptant au changement perpétuel de contexte (site web), ce qui avait pour effet d’amoindrir sa capacité à se concentrer durablement sur un sujet d’où en particulier des difficultés notoires à lire des textes longs (livres).
En fait si l’on pousse plus loin, ce phénomène se répercute sur la vie quotidienne, d’où d’ailleurs une épidémie nouvelle et sévère de procrastination, le cerveau étant incapable de se concentrer longtemps, il va trouver des sources de distraction pour assouvir son conditionnement de dispersion.
Quand je disais dans l’article sur le mouvement c’est la vie, que nous sommes en perpétuel conditionnement, en voilà une preuve. Une autre preuve est que j’ai commencé cet article à 16h et qu’il est bientôt 2h00 du matin :).
Ensuite lorsqu’on éteint la télé ou la radio, on n’est plus sujet ni aux publicités et ni autres messages formatés.
La célèbre phrase du président de tf1 qui résumait son métier à vendre du cerveau disponible à cocacola voilà la véritable finalité de ces outils. Donc tout est vraiment nocif au niveau des capacités cérébrales. D’ailleurs si l’on comprend bien le sous-entendu, les programmes télévisés entre les pubs ne sont là que pour retenir l’individu jusqu’à la prochaine pause publicitaire.
D’où la recherche de contenu à forte dépendance, et l’utilisation massive de méthode de manipulation. Donc finalement arrêter la télé et la radio c’est arrêter de se droguer.
Il existe des Junkies de l’information, des gens qui se sentent mal si la télé n’est pas allumé ou bien c’est la catastrophe s’ils loupent le journal télévisé ou la dernière série à la mode. Sisi j’en connais.
Enfin, les médias ne font que relater l’expérience de certains. Les autres vivent par procuration. Or il n’y a rien de tel que d’aller expérimenter par soi-même. Ce qui n’est pas possible si l’on est scotché devant la télé.
4-Comment faire ?
Ben le plus simple : éteindre la télé, la radio, et ne pas lire les journaux.
Utiliser internet qu’a des fins de recherches strictement nécessaires.
« Ouai mais comment je saurais que …. ? » Ça c’est la magie du cercle social, de votre cercle de connaissances, familiale, d’amis. Laissez les donc filtrer pour vous les informations vraiment importantes, et si cela est important pour eux, ils ne manqueront pas de les partager avec vous ! :)
Expérience : Je vous invite à faire un jeûne informationnel de 15 jours, et d’observer les effets sur vous. Bien sûr il vous sera plus difficile de briller à la cantine d’entreprise car vous ne saurez pas qui a été viré de la nouvelle star, mais bon sûrement que parler du dernier livre que vous vous étiez promis de lire depuis 3 ans sera du meilleur effet. :)))
Et n’oublions pas : sourions, respirons, faisons-nous du bien, et relâchons-nous !
Gratuit :
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mai 21st, 2009 at 03:56
Pour ma part, l’article me convainc ! Je vais essayer même si je pense déjà que la route sera longue car j’aime étudier les mécanismes médiatiques (manipulation etc.) et c’est aussi « décompresser » que de regarder les actus en rentrant d’une journée de travail pénible, une sorte d’évasion (voire de catharsis ?). Facile certes, mais qui veut s’embêter après une journée de labeur ? Mais je prends note !
mai 21st, 2009 at 05:23
je suis heureux de na pas avoir de télé à la maison :) c’et vrai je suis à l’ouest lorsque l’on parle de nouvelle star mais pour ce qui est des actualités cinématographiques, je suis à la pointe, et conseiller mes collègues, amis… ça c’est mieux que d’entendre dire: « la nouvelle star y savent pas chanter! »
mai 21st, 2009 at 07:23
Bon article. Merci.
mai 21st, 2009 at 08:31
Bonjour,
je suis plus mitigée que les autres lecteurs… Ou alors je n’ai rien compris. Je ne serais pas aussi radicale, autant en ce qui concerne Internet que la télévision. En effet, dans votre article, vous faites surtout référence aux programmes de divertissement qui, je vous l’accorde, peuvent être/sont abêtissants. Mais il y a aussi des programmes « intelligents » qui peuvent avoir les mêmes heureuses conséquences que la lecture d’un bon ouvrage documentaire. Pour cela, il ne faut évidemment pas se brancher sur TF1 et tout le monde le sait bien. Idem en ce qui concerne Internet. Il s’y passe vraiment beaucoup de choses très intéressantes dans divers domaines. Et selon ses centres d’intérêts on pourra y trouver des mines d’informations et surtout de réflexions qui viendront enrichir la nôtre. Maintenant, il est certain qu’il est nécessaire de filtrer toute cette masse d’information pour en tirer « la substantifique moelle » et que cela s’apprend… justement en s’appropriant ces différents médias d’information/communication. Question : comment développer son esprit critique en se coupant du monde qui nous entoure ? Attention, je ne suis absolument pas en train de dire qu’il faut absolument regarder la télévision et être connecté sur Internet 24h/24H, ni que le monde qui nous entoure se résume à ces deux médias.
Enfin, merci pour votre article. Même si je suis en désaccord, il aura eu le mérite de me faire réfléchir sur cette question.
mai 21st, 2009 at 10:03
Bonjour à tous et à toutes et merci pour vos commentaires.
J’aimerais préciser et répondre à Amélie en particulier.
En réalité toute information contient un aspect conscient et un aspect inconscient. C’est le principe de l’hypnose.
Les experts en communication qui dirigent les médias en sont bien conscients et se complaisent à utiliser ces méthodes et outils à volonté.
En soi l’experimentation de Taleb permet de mettre en évidence que la qualité d’une décision est indépendante de la quantité d’information.
En cela généralement il suffit d’observer. Bien souvent les gens cherchent de l’information non pas pour prendre une décision car elle est déjà prise, mais se rassurer qu’ils ont pris la bonne.
Cela entretient le manque de confiance en soi.
Dans les procédés de propagande médiatique il y a ce qu’on appelle en psychologie sociale la propagande glauque, qui est principalement basée sur comment influencer l’état d’esprit des individus par suggestion indirecte.
Par exemple dans les médias, si tu es jeune, blanc et issu de classe moyenne tu as tous les tords.
Tu voles des mp3 sur internet.
Tu oublies ton devoir de mémoire.
Tu es responsable de l’esclavagisme.
Tu es raciste.
Tu es jeune chomeur en devenir.
Tu es drogué.
Tu es suicidaire.
Tu ne votes pas
Tu fais chier les vrais travailleurs.
Tu vis chez tes parents.
Tu ne penses qu’a devenir fonctionnaire…..
Bref j’en passe et des meilleurs.
Effectivement comme tu le dis, il faut faire preuve d’esprit critique. Soit ! Mais entre temps que d’énergie dépensée pour critiquer quelque chose dont tu peux allègrement te passer.
J’en ai eu marre perso de me retrouver en colère à chaque journal télévisé que je regardais. Alors j’ai tout éteint.
Étonnamment ma tension est redescendue d’un coup :)
Ensuite la partie addictive est assez importante. Développer ou entretenir une dépendance permet plus facilement d’en créer d’autres.
Pas la peine non plus d’entretenir un mal non nécessaire.
Ceci étant dit, je suis entièrement d’accord avec toi : du moment qu’on a une attitude de consommation pro-active et raisonnée de l’information, c’est un énorme mieux.
Reste toutefois la dispersion d’attention. Mon énergie je préfère l’utiliser pour vivre mes expériences ici et maintenant plutôt que de vivre par procuration l’expérience réelle ou imaginaire des autres.
Je ne vois pas l’intérêt de s’approprier ces médias si ce n’est l’internet pour le strict nécessaire car celui-là présente l’avantage d’être interactif au contraire de la télé ou la radio et journaux où l’individu est totalement passif.
Donc je m’exprime avec la prétention de diffuser de l’information à haute valeurs ajoutée, et surtout j’invite les autres à faire de même. :)
Merci en tout cas pour ton commentaire.
Porte-toi bien !
mai 21st, 2009 at 11:29
« et ne pas lirent les journeaux »
et le jeûne orthographique, il dure depuis longtemps ?
mai 21st, 2009 at 11:50
Merci Anonyme pour ton commentaire fort informatif, j’en ai profité pour corriger quelques fautes des plus évidentes.
Si il en traîne encore ci-et-là je te prie de m’en informer :)
Merci encore !
mai 22nd, 2009 at 07:53
Bon article, très intéressant!
Pour ma part, je tente plutôt le jeune de la parlotte ;-)
Mais cette idée me plait, je me verrais bien faire un jeune informationnel une fois par an, comme une petite semaine en retraite privée, surtout que je suis une droguée du net…
mai 23rd, 2009 at 02:06
Oyé moussaillons!
Le jeune informationnel: Humm!!! que du Bonheur.
Perso je n’en suis plus au jeune: cela fait un petit bout de temps que j’ai fait scission avec le matraquage médiatique, l’info de masse qui abrutit et stresse les pôvres petit moutons que nous nous complaisons à être.
Paradoxalement, je me porte bcp mieux sans toute cette misère du monde sur mes épaules et je ne me sens pas plus bête qu’avant bien au contraire.
Pour Amélie, je peux témoigner que la somme d’information ne nourrit pas l’esprit critique: si l’on considère que l’information est structurée suivant un schéma de penser alors nous devrions considérer que notre esprit critique est structuré suivant ce mm schéma, par conséquent où est le sens critique. Je retiens toujours à l’esprit cette citation de je ne sais plus qui (désolé):
« Quand tu penses, poses toi cette question:qui pense? ».
Ce sens critique si chère à notre société « civilisée », en définitive il nous sert à quoi???
Puisque, sombre constat, les 3/4 de nos décisions sont soit pas les plus adéquates, soit à reconsidérer en urgence, soit nous ont amené directe dans une impasse. Et le 1/4 qui reste n’est que la restructuration in -extremis des premiers 3/4.
Et puis aussi, être critique c’ pas très sain non plus. A force de regarder dans les assiettes des autres on en oublie note gammelle. ;)
Le jeune est une première étape pour entrevoir qu’un autre monde est possible. ;)
Bon cap!
(désolé pour les puristes je fais aussi le jeune orthographique) ;p
mai 24th, 2009 at 09:31
Bonjour,
quand je parle de développer son sens critique, c’est autant vis-à-vis des informations que des outils/médias d’informations (au sens technique) et probablement encore plus vis-à-vis des sources. C’est aussi en ce sens que j’emploie l’expression « s’approprier les médias » : savoir lire un article ou comprendre les mécanismes d’un reportage TV, savoir comment est traitée une information (actualités), connaître le fonctionnement d’un moteur de recherche, savoir qui publie (quoi) sur Internet…
J’ai aussi eu une période de rejet des médias (TV et Internet), justement pour éviter la noyade et parce que je sentais poindre un sentiment de panique devant la vitesse de la montée de la marée (pour continuer dans la métaphore marine/maritime). Et j’y suis revenue après un moment, plus sereinement. Sûrement aussi parce que j’ai défini un projet et ciblé mes besoins et mes priorités (qui eux-mêmes déterminent mes pratiques).
Quand je parle d’information, je ne pense pas au sens d’ »actualités » ou « nouvelles », mais bien « données d’information » qui, une fois traitées, recoupées, etc. me permettent de développer des connaissances sur un sujet ou un objet. Et cela n’arrive pas tous les jours.
Et je suis bien d’accord que « la somme d’informations ne nourrit pas l’esprit critique », cela n’a aucun sens. Il faut faire du tri à la source et dans le flot d’informations. C’est là que l’esprit critique intervient.
C’est sûrement sur ces deux derniers points que repose le malentendu.
Je vous rejoins sur le problème de la dispersion de l’attention. Pour ce qui concerne les difficultés de concentration qu’induit l’usage d’Internet, vous faites probablement référence à un article de Nicholas Carr traduit sur Framasoft (Is Google making us stupid ?). Il m’avait en effet beaucoup réfléchir lorsque je l’ai lu l’hiver dernier. Je pense que cela pose effectivement problème dans les activités « intellectuelles ».
Pour le reste, j’en reviens à mon bon vieux sens critique bien polémique. Je trouve un peu facile de rendre les médias responsables de mes tendances à la procrastination et de me poser en victime de messages inconscients.
Je retourne donc voir ce qui se passe dans ma gamelle et cesse de perdre mon temps à prêcher des convertis.
Merci.
mai 24th, 2009 at 11:54
« Tout m’est permis, mais tout n’est pas profitable » (1 Co 5 à 7)
Cette maxime de Saint Paul en son temps illustre, je trouve, plutôt bien vos propos.
Le jeûne a cette vertu manifeste de remettre les choses à leur juste place afin de retrouver l’essentiel ; Le jeûne « informationnel » permet le retour au calme et au silence ;Condition vitale pour se retrouver soi même .
Ensuite à chacun de déterminer son essentiel.
Très cordialement
Ivan.
mai 24th, 2009 at 14:33
Merci Mr Kroutitsky pour cette citation qui illustre parfaitement ce qui a été dit précédemment.
Cher Amélie, Dans la nature il y a deux états : la satiété, et le jeûne, l’un et l’autre n’ont pas vocation d’être éternels.
Un jeûne, à l’instar du jeûne alimentaire est une période assumée de retenue associée à une écoute de soi plus accrue.
Bref, cela veut donc dire que j’invite les gens à faire éteindre la télé, la radio, et à ne pas lire les journaux pendant un temps défini.
L’important c’est de constater les effets que l’on ressent durant cette période. Et de tirer les conclusions qu’il s’impose, pour une reprise de consommation.
C’est ce que vous avez fait, et je trouve cela très bien. Vous vous êtes rendues comptes par vous même qu’il fallait s’arrêter de consommer avant l’indigestion (cf votre deuxième commentaire).
Ensuite vous avez analysé la situation et installé une hygiène de consommation. C’est exactement cela qu’il faut faire. Vous consommez l’information de manière consciente et assumée, et non de manière émotionnelle et compulsif.
C’est cela l’effet recherché. :)
Et il semble que vous ayez bien réussi.
Je maintiens toutefois que nous sommes libres de choisir nos bourreaux (si le besoin se fait ressentir) Et donc au lieu de me considérer de manière inconsciente et complice comme de la matière grise mise à disposition des annonceurs, je préfère consommer de manière responsable les informations dont je ressens le besoin, et non selon le choix d’un autre.
C’est ce que j’appelle être responsable. Maintenant si je trouve du plaisir dans une série télévisée, un documentaire ou autre, généralement c’est sur internet et à disposition quand j’en ai le temps.
Il est question de priorité aussi. Comment concevoir que l’un s’enferme devant la télévision dans un acte compulsif et conditionné de consommation passive au détriment des gens qui l’entourent … ?
juin 7th, 2009 at 02:03
C'est quelque chose que je pratique dès que je pars en vacances ! C'est vrai que c'est facilité quand on part dans un pays étranger dont la langue n'est en plus pas la nôtre.
L'effet quand on est à 2 est encore bien plus bénéfique, se retrouver en tête à tête le soir, sans télé, sans internet, sans journaux, sa fait du bien, sa fait respirer. Et je crois que quelque part on devient plus attentif à l'autre, car le besoin de "savoir" reste là, sauf qu'il n'y a plus qu'un seul sujet de "news".